Tout d'abord, ne vous inquiétez pas si vous avez totalement oublié ce qu'il s'est passé dans
Deus Ex : Human Revolution. Avant de lancer une nouvelle partie dans
Deus Ex : Mankind Divided, il vous est proposé de visualiser un récapitulatif de 12 minutes très exactement. Une fois la chose faite, vous pouvez donc vous lancer dans la nouvelle histoire. Celle-ci se déroule deux ans après les événements précédents, soit en 2029. Les augmentés, déjà pas spécialement bien aimés des organiques, le sont encore moins suite à un incident qui les a poussés à attaquer tout ce qui bougeait, forcés par leurs implants. Alors, forcément, c'est pas la joie : les attaques terroristes se multiplient, les policiers traînent dans toutes les rues, les contrôles sont renforcés et les ghettos pour les augmentés pullulent. C'est dans ce climat bisounours que se déroulent les aventures de ce bon vieux Jensen, qui habite désormais à Prague. Il y bosse pour Interpol, ou plus précisément pour leur division antiterroriste la Task Force 29, tout en aidant le collectif Mastodonte, qui enquête discrètement sur des affaires un peu louches impliquant des sociétés ayant pignon sur rue.

Welcome to the future
Difficile toutefois d'en dire plus sans spoiler, d'autant plus que
Deus Ex mise énormément sur son scénario. Plus que ça, le titre d'
Eidos Montréal mise globalement sur son univers, ses personnages et leurs backgrounds respectifs. Si le scénario a parfois un peu de mal à avancer (la faute notamment aux quêtes annexes mais nous y reviendrons plus tard), il reste tout de même extrêmement intéressant et plaisant à suivre. A priori simpliste au départ, il devient rapidement de plus en plus noir et complexe. Seule déception : la fin, qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe et appelle clairement une suite, laissant quelques questions en suspens. Quoi qu'il en soit, le tout est qui plus est porté par de nombreux personnages extrêmement travaillés. Chaque individu rencontré possède une histoire qui lui est propre – souvent tragique, surtout pour les augmentés – et les différents lieux visités fourmillent d'éléments permettant d'en savoir plus sur eux, ou sur tout autre chose d'ailleurs. Il est ainsi possible d'écouter la radio, de lire des journaux ou des livres numériques, de pirater des ordinateurs pour avoir accès à des mails... Bref, on ressent le souci du détail et tous ces éléments mis bout à bout permettent à l'univers de ce
Mankind Divided de se montrer cohérent, malgré son côté cyberpunk. Certains personnages en dévoilent par ailleurs un peu plus sur eux-mêmes durant les quêtes annexes. Et des quêtes annexes, il y en a beaucoup.

Le problème c'est qu'elles sont toutes intéressantes alors, forcément, on a envie de toutes les faire, ce qui a pour conséquence de reléguer le scénario au second plan et de le faire progresser, comme dit précédemment, assez lentement. Mais ça vaut le coup car, en plus d'en apprendre plus sur certains personnages (la psy de la Task Force 29, par exemple), cela permet aussi de répondre à certaines questions posées dans l'histoire. Les nouvelles augmentations d'Adam Jensen, par exemple : si elles font partie du scénario, leur provenance n'est pas expliquée. Il faut donc effectuer la quête correspondant dans l'espoir d'en savoir plus. Certaines quêtes peuvent par ailleurs être effectuées de manières différentes lorsqu'elles proposent des phases de persuasion. Malheureusement peu nombreuses, ces dernières permettent pendant une petite discussion d'influencer le personnage en face d'Adam en choisissant avec soin ce que le héros dira, sachant que cela peut très bien se passer ou très mal tourner. Autant dire que la tension est là à chaque fois que le joueur choisit une réponse... Enfin, certaines autres quêtes obligent le joueur à effectuer des choix moraux qui font souvent mal au cœur, du genre vouloir donner des papiers à deux hors-la-loi ayant chacun leurs soucis. Sachant qu'il n'est possible d'en donner qu'à l'un des deux et que, forcément, l'autre sera arrêté... Qui plus est, tous ces à-côtés permettent de rallonger drastiquement la durée de vie, même si cette dernière se montre déjà assez conséquente puisqu'elle dépasse largement la vingtaine d'heures en ligne droite (et en optant plus pour l'action que pour l'infiltration).

Fantôme ou bourrin
Mais
Deus Ex : Mankind Divided n'est pas un roman interactif. Il y a aussi de l'infiltration et, si ça ne marche pas, de la bagarre. Et les espions en herbe seront ravis de savoir que les possibilités pour passer ni vu ni connu j't'embrouille sont nombreuses dans cet opus et peut-être même plus que dans
Human Revolution (même si le côté action a été grandement amélioré, mais nous y reviendrons plus tard). Que ce soit dans les missions d'Interpol se déroulant dans des endroits différents, ou tout simplement dans la ville de Prague lorsqu'il s'agit de se rendre du point A au point B, les prétextes sont nombreux pour explorer (ce qui est de toute façon récompensé avec des points d'expérience alors pourquoi se gêner ?) : là une bouche d'égout, là une grille d'aération, ici une porte dont le verrou peut être piraté, ici encore une échelle pouvant mener sur les toits... Bref, il y a de quoi faire. Quant aux ennemis, ils peuvent être contournés via de nombreux éléments permettant de se mettre à couvert, comme les voitures dans les rues ou les meubles dans les bâtiments. Il s'agit néanmoins de faire souvent preuve de patience et surtout de réfléchir, car les chemins ne sautent pas forcément aux yeux – et c'est d'ailleurs tant mieux. Certaines augmentations viennent par ailleurs faciliter la chose, comme par exemple la possibilité d'être invisible pendant quelques secondes.

D'ailleurs, de nouvelles augmentations ont été rajoutées, histoire de venir côtoyer le typhoon ou le piratage. On peut par exemple citer le nouveau bouclier titan, le tesla qui envoie une décharge d'électricité aux ennemis ou encore la nano-lame qui peut aussi bien être utilisée au corps-à-corps qu'à distance. De quoi bien s'amuser en utilisant tout ça, même s'il n'est évidemment pas possible d'avoir toutes les augmentations activées en même temps. Si c'était le cas, le tout deviendrait bien trop facile et lorsque l'on sait que la difficulté n'est pas spécialement insurmontable... Quant à ceux qui préfèrent foncer dans le tas et miser uniquement sur l'action, ils ne seront pas en reste au vu du nombre d'armes et de munitions qui peuvent être trouvées ça et là, que ce soit directement sur les ennemis ou en farfouillant dans les environnements. Fusils à pompe, fusils d'assaut, pistolets-mitrailleurs, grenades IEM, grenades à fragmentation, différentes sortes de balles (IEM, perforantes...) s'adaptant à toutes les situations... Les différentes armes peuvent également être customisées, par exemple en modifiant la cadence de tir ou en rajoutant un silencieux, via des éléments lootés ou achetés, et se montrent plus agréables à manier que dans l'opus précédent. Bref, autant d'éléments qui permettent de réellement façonner le titre à la manière de jouer de chacun, ce qui est franchement plaisant. Précisons d'ailleurs qu'il est possible d'effectuer tout le jeu sans tuer personne, mais que cela augmente forcément la difficulté globale.

Quand y en a plus...
En plus de proposer une narration soignée et un gameplay aux petits oignons, que l'on opte pour l'infiltration ou l'action,
Deus Ex : Mankind Divided profite également d'une direction artistique franchement réussie. Les adeptes de cyberpunk ne seront pas dépaysés : personnes mi-humaines mi-robotiques, constructions futuristes trônant aux côtés de bâtiments plus anciens rehaussés par des effets d'ombres et de lumières saisissants, gadgets informatiques en pagaille... Bref, là encore les équipes d'
Eidos Montréal montrent qu'elles savent de quoi elles parlent. On ne peut malheureusement pas en dire autant de la réalisation, qui n'est pas vraiment à la hauteur des consoles actuelles. Les petits ralentissements sont fréquents, les personnages (en dehors des principaux) ne sont pas hyper bien modélisés, leurs animations et leurs synchronisations labiales sont peu convaincantes, certaines textures sont grossières, les temps de chargement sont interminables, le mixage sonore n'est pas au top et la VF manque de conviction. Sans parler de l'I.A., souvent aux fraises lorsque l'on parle d'infiltration : il n'est ainsi pas rare de neutraliser un garde sans que son pote se situant non loin s'en rende compte... Certes, le tout reste globalement assez beau et ces défauts ne viennent pas entacher l'expérience globale, mais il est tout de même dommage de voir que la réalisation ne se montre pas à la hauteur de tout le reste.
Enfin, un mot sur le petit jeu disponible dans le menu principal de ce
Deus Ex : Mankind Divided, à savoir
Breach. Basé sur le même gameplay que le titre principal et entièrement scénarisé,
Breach permet d'incarner un hacker ayant pour but de pirater les réseaux informatiques de différentes sociétés. Chaque niveau est chronométré et se conclut sur un score basé sur les performances du joueur. Des performances qui peuvent d'ailleurs être améliorées grâce à de petits cadeaux souvent obtenus, que ce soit des objets (armes, items de soin, etc) ou des sortes d'augmentations à usage unique (le personnage se déplace plus rapidement, sa barre de vie est plus longue...). Sans être transcendant, la faute à un aspect vite répétitif,
Breach se montre tout de même assez sympathique à parcourir et permet de baigner quelques heures de plus dans l'univers de
Deus Ex. Un univers qui s'étend d'ailleurs aussi aux smartphones via une application permettant de scanner des QR codes en forme de triangles cachés dans
Mankind Divided. En tout cas en théorie puisque nous n'avons jamais réussi à en scanner un seul, l'application étant encore relativement buguée pour l'heure.