Soyons directs : ce test va être long, et c'est à cause de
Silent Hill F. Car si l'épisode était un très bon survival horror, il n'était pas forcément un bon
Silent Hill pour de multiples raisons, comme son orientation combat. Alors en regardant
Silent Hill Townfall, nous devons nous poser deux questions : est-ce un bon jeu et est-ce un bon
Silent Hill ?
Silent Hill Townfall nous place dans la peau de Simon. On ne sait pas grand-chose du personnage, on le découvre alors qu'il sort de l'eau et échoue sur un quai. Simon ne sait pas ce qu'il fait ici et il a une perfusion au bras gauche, ce qui n'est pas vraiment bon signe. Alors on commence par explorer Silen... St Amelia. Oui, St Amelia, car c'est ici que l'action se passe. Une petite ile écossaise apparemment coupée du monde. Certains seront peut-être surpris par ce choix qui n'est pourtant pas si surprenant, mais nous y reviendrons plus tard.
Simon says boo!
Nous explorons St Amelia donc, et force est de constater que l'équipe de Screen Burn a fait un travail exceptionnel sur les environnements. C'est beau, réaliste, dérangeant et oppressant. On pourra qui plus est très bien observer ces environnements car Silent Hill Townfall est en vue à la première personne. Oui, on entend déjà s'étrangler les puristes mais il n'y a rien de choquant ici.
Tout d'abord, ce n'est pas la première fois pour la série puisque la vue à la première personne a déjà été utilisée dans Silent Hill 4, le mal aimé The Short Message ou encore P.T. (oui, on l'oublie souvent celui-là). Ensuite, est-ce si grave ? Pourquoi ne pas faire évoluer la série comme l'a fait Resident Evil avec son septième opus ? La vue à la première personne marche extrêmement bien avec les survival horror et encore mieux avec ceux comme Silent Hill Townfall où l'immersion sublime le tout. Car assez tourné autour du pot : ce nouveau Silent Hill s'inspire directement d'Outlast et d'Amnesia, des titres qui à l'époque s'inspiraient des premiers épisodes de Silent Hill. La boucle est bouclée.
Vous l'aurez donc compris : dans Silent Hill Townfall, il faut explorer, lire, résoudre des énigmes et se cacher. Le cœur du jeu repose sur la résolution d'énigmes. Une grosse énigme est en réalité un objectif, et pour la résoudre il faut s'occuper d'énigmes de plus petite taille qui donnent un élément pour résoudre la grosse énigme. Les petites énigmes sont disséminées sur l'ile, ce qui force à l'exploration. L'exploration est de toute façon nécessaire car beaucoup de documents indispensables à la comprehension totale de l'intrigue s'obtiennent en fouillant.
Video killed the radio stars
Mais un Silent Hill ne serait pas un Silent Hill sans le facteur peur. St Amelia n'est pas déserte pour rien : des monstres rôdent et il faut faire attention à ne pas se faire repérer. Il est possible de se battre, mais c'est cependant fortement déconseillé. Les ressources sont rares, les ennemis sont plus forts et certaines armes en attirent encore plus, il est donc préférable de rester discret si on veut survivre et aller au bout de l'aventure.
Simon est équipé d'une petite télé analogue, la même que vous pouviez trouver chez votre grand-mère si vous approchez de la quarantaine. Cette télé permet de repérer les menaces à proximité, d'obtenir des indices sur le prochain lieu à visiter ou sur l'enigme à résoudre, mais à condition de trouver la bonne fréquence. Une mécanique bien huilée et plaisante qui se rapproche de ce qu'on a pu voir dans Outlast avec la caméra. Enfin, et c'est presque un spoil, mais Simon n'est pas le seul personnage jouable et on trouve des mécaniques similaires avec un objet différent, comme par exemple un bipeur.
Alors verdict ? Silent Hill Townfall est un excellent jeu d'horreur. La vue à la première personne renforce l'immersion, chaque bruit nous fait sursauter, chaque pas se fait avec précaution et l'environnement nous oppresse au plus au point. Rendons aussi hommage à tout le travail sonore effectué, du grand art. On a même peur en sauvegardant vu qu'il faut utiliser un téléphone et composer un numéro, ce qui prend du temps. Un procédé rappelant Alien Isolation.
Maintenant, est-ce un bon Silent Hill ? On pourrait d'ailleurs se poser la question de ce qu'est un Silent Hill, mais ce test se transformerait en thèse théorique de 200 pages. Alors contentons-nous de la première question : Silent Hill Townfall est-il un bon Silent Hill ? Certains diront que non, car le jeu ne se passe tout simplement pas à Silent Hill. Un argument valable. Sauf que... On pourrait répondre Silent Hill 4, Shattered Memories, Homecoming ou encore P.T. Ce n'est pas la première fois que la série se passe ailleurs et c'est parce que Silent Hill n'est pas une ville mais un concept. Un concept de ville hantée, avec plusieurs critères : un sous-texte, une dimension psychologique, des errances et un lien fort avec le passé des protagonistes principaux.
Sans plus de détails pour ne rien spoiler, Silent Hill Townfall coche toutes ces cases avec brio. Le choix de faire se dérouler l'action sur une ile est très malin, car cela accentue le sentiment d'être coupé du monde sans personne pour nous aider. Et le choix de situer l'histoire en Ecosse est aussi très bon, car le studio Screen Burn originaire de Glasgow nous parle de ce qu'il connait et a préféré mettre de lui-même dans son jeu, être sincère et partager son expérience plutôt que de situer l'action dans un cadre américain pour la 800ème fois. Screen Burn a fait plusieurs choix forts pour se démarquer des épisodes précédents et il ne dénature aucunement la série. Bien au contraire : il apporte un renouvellement bienvenu.