Test : Gambonanza - PC

Gambonanza - PC

Gambonanza - PC

Genre : Réflexion

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Gambonanza part d’une idée assez maligne : prendre les échecs, les tasser sur un petit plateau, saupoudrer le tout de roguelike et regarder les joueurs compter leurs coups avec un début de sueur froide.

Test effectué à partir d'une version PC

Dans Gambonanza, il ne s’agit pas de mettre un roi adverse à genoux mais de vider le plateau. Toutes les pièces ennemies doivent être capturées, tandis que les vôtres doivent survivre suffisamment longtemps pour passer à la manche suivante. Le terrain est minuscule, les premiers affrontements démarrent avec peu de pièces et chaque déplacement compte beaucoup plus qu’il n’en a l’air. Le jeu reprend les mouvements classiques des échecs, mais enlève une partie du confort que l’on associe à une vraie partie. Ici, perdre une pièce n’est pas une simple concession tactique, c’est une dette qui suit le joueur jusqu’à la boutique suivante, où il faudra racheter du matériel avec des ressources rarement généreuses.

Ce choix donne immédiatement une vraie tension aux parties. Un cavalier mal placé, un fou avancé avec un peu trop d’enthousiasme, un pion sacrifié pour gagner deux cases et la run peut commencer à boiter. Le problème, c’est que cette tension se transforme parfois en crispation. Gambonanza demande de penser plusieurs coups à l’avance, de surveiller les menaces ennemies, d’anticiper les cases qui deviennent dangereuses et de composer avec des règles additionnelles qui ne sont pas toujours expliquées avec la clarté nécessaire. Les habitués des échecs devront même désapprendre certaines habitudes, puisque quelques comportements de pièces ne collent pas exactement à l’attendu.


Balatrop

Le rapprochement avec Balatro saute forcément aux yeux. Interface, rythme des manches, boutiques, boss, bonus permanents, tout respire l’hommage appuyé, parfois un peu trop visible. Gambonanza ne se contente toutefois pas de repeindre un modèle à succès en noir et blanc. Son cœur tactique est bien différent, car chaque manche ressemble davantage à un puzzle compact qu’à une montée en puissance de cartes. Le joueur achète des pièces, améliore des cases, accumule des Gambits et tente de faire naître une logique de construction dans un cadre beaucoup plus sec que prévu. Cela fonctionne, surtout quand le jeu accepte enfin de dérouler ses synergies. Un pion transformé en petite arme de destruction, un fou qui gagne une mobilité inattendue, un effet qui retarde le tour adverse, et la machine commence à ronronner.

Mais voilà, elle ronronne plus souvent qu’elle ne rugit. Gambonanza a beau promettre plus de 150 Gambits, l’ensemble donne parfois l’impression d’une boîte à outils très remplie dont seule une poignée d’objets donne vraiment envie de bricoler. Certains bonus modifient agréablement la manière de jouer, d’autres apportent de l’économie, quelques-uns ouvrent des combinaisons franchement efficaces, mais beaucoup restent trop sages. Dans un roguelike de ce type, la joie vient souvent du moment où le joueur sent qu’il a cassé le jeu avec panache. Ici, cette sensation existe, mais elle arrive tard, timidement, comme si Gambonanza avait peur de devenir trop idiot. Dommage, car son thème autorisait justement plus de culot.

Gambonanza

Les boss apportent heureusement un peu de caractère. Certains modifient la lecture du plateau, cachent des informations ou imposent des contraintes qui forcent à revoir toute sa routine. Sur le papier, c’est exactement ce qu’il fallait pour éviter que les manches ne se ressemblent trop. En pratique, ces rencontres sont souvent les meilleurs moments du jeu, même lorsqu’elles donnent envie de poser la souris et de fixer le mur pendant quelques secondes. Leur design plus étrange, presque inquiétant par instants, offre aussi une petite rupture bienvenue dans une direction artistique sinon propre, lisible et agréable, mais rarement surprenante.

Car c’est l’un des paradoxes de Gambonanza. Le jeu est bien présenté, fluide, plutôt joli, avec une interface qui fait le travail et une ambiance sonore qui accompagne correctement les enchaînements. Pourtant, il manque ce petit supplément de folie capable de transformer une bonne idée en obsession. Les parties sont courtes, la boucle est efficace, le concept est immédiatement compréhensible, mais l’ensemble reste un peu trop poli. Même lorsque le plateau commence à se déformer, que la réserve de pièces oblige à improviser ou qu’un Gambit promet de casser une règle, le résultat demeure souvent plus cérébral que jubilatoire.

Gambonanza

Échec et maths

Cette retenue pèse surtout sur le plaisir immédiat. Gambonanza est difficile d’accès, non pas parce qu’il est incompréhensible mais parce qu’il demande beaucoup avant de donner vraiment. Les premières runs ont cette dureté un peu sèche des jeux qui savent exactement ce qu’ils font, mais n’ont pas forcément envie d’accompagner le joueur jusqu’à la porte. Les erreurs coûtent cher, les remplacements aussi, et les synergies ne se lisent pas toujours naturellement. Il faut accepter de perdre, d’apprendre, de perdre encore, puis de comprendre soudain qu’un mauvais achat en boutique a condamné toute la suite. Pour certains, ce sera très stimulant. Pour d’autres, ce sera surtout fatigant.

Le rythme économique participe à cette sensation. Entre deux manches, le joueur doit choisir entre renforcer son armée, investir dans des cases, récupérer des effets permanents ou simplement survivre avec un stock de pièces potable. L’idée est bonne, car elle donne du poids à chaque décision. Cependant, comme les pertes sont permanentes, le jeu encourage parfois une prudence excessive. On avance lentement, on évite les sacrifices, on joue proprement, presque froidement. Cela colle à l’esprit des échecs, bien sûr, mais cela bride aussi la part la plus décomplexée que l’on pouvait attendre d’un roguelike à combos. Quand une construction commence enfin à prendre forme, elle donne satisfaction. Avant cela, il faut parfois traverser plusieurs manches de souffrance.

Gambonanza

Le contenu, lui, paraît correct, mais pas aussi généreux qu’il le laisse croire au premier regard. On notera un manque de variété à long terme, notamment dans les variables réellement exploitables d’une run à l’autre. Ce n’est pas vide, loin de là. Les difficultés, les boss, les Gambits et les configurations de plateau assurent une certaine rejouabilité. Mais le jeu semble actuellement plus fort dans son concept que dans sa capacité à étonner durablement. Il y a une base très saine, presque évidente, mais elle aurait gagné à être plus baroque, plus sale, plus prête à envoyer la logique valser. On sent pourtant un vrai savoir-faire. Les manches savent être tendues, les petites victoires font plaisir et le format se prête très bien aux sessions courtes.

Gambonanza réussit aussi à rendre les échecs accessibles sans les vider de leur intérêt. Il n’est pas nécessaire d’être un joueur de club pour comprendre les enjeux, mais les personnes capables de lire un plateau rapidement auront évidemment un avantage. Le jeu transforme chaque déplacement en mini dilemme, et c’est là qu’il est le plus convaincant. Quand il met le joueur face à trois mauvaises options et lui demande de choisir celle qui abîmera le moins l’avenir, il touche juste. Le souci, c’est qu’il touche juste avec un sérieux presque trop appliqué. Gambonanza aurait pu être un laboratoire fou où les reines se multiplient, où les pions deviennent des catapultes et où les boss trichent avec panache. Il l’est parfois, mais pas assez souvent. Ses perks, ou plutôt ses Gambits, manquent régulièrement de fun pur. Ils améliorent, optimisent, sécurisent, mais ne déclenchent pas toujours cette petite étincelle qui pousse à relancer immédiatement une partie.

Gambonanza

Gambonanza est un bon jeu de réflexion déguisé en roguelike malicieux, mais son costume est parfois plus amusant que la fête elle-même. La base est intelligente, les parties sont tendues et certaines synergies donnent envie d’y revenir, surtout après quelques défaites bien formatrices. Reste une difficulté d’entrée assez raide, des Gambits inégaux et un manque de folie qui empêchent l’ensemble de basculer dans la petite drogue tactique attendue.
07 mai 2026 à 14h24

Par

Points positifs

  • Concept très malin
  • Parties courtes et tendues
  • Bonne lisibilité générale
  • Boss intéressants
  • Vraie profondeur tactique

Points négatifs

  • Difficile d’accès
  • Gambits pas toujours amusants
  • Manque de folie
  • Progression parfois sèche
  • Variété perfectible sur la durée

Gribouillé par...

Lorris

Lorris

Fin limier du mot

Jean-Claude Van Damme au corps, Jean-Claude Dusse dans la tête. C'est parfois l'inverse.

Twitter : @Yolorris

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