Test : The Drifter - PC

The Drifter - PC

The Drifter - PC

Genre : Point'n click

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Les jeux d’aventure populaires dans les années 90 « à la LucasArts » ont longtemps confondu mystère et sadisme, comme si trouver une pince à épiler dans un décor sombre constituait une idée de génie. Dans cette veine, The Drifter, le thriller de Powerhoof, arrive sur Switch 2 avec un héros cabossé et une excellente obsession du rythme.

Test effectué à partir d'une version Nintendo Switch 2

La version Switch 2 de The Drifter est une édition pensée pour exploiter les Joy-Con 2 en mode souris, une meilleure résolution et une animation plus fluide dans ses scènes à défilement parallaxe. Le jeu reste aussi disponible en portable, sur table ou branché au téléviseur, ce qui lui donne une souplesse assez appréciable pour une aventure découpée en chapitres. Mick Carter rentre dans sa ville natale pour assister aux funérailles de sa mère. Il voyage clandestinement dans un train, assiste rapidement à un meurtre, se retrouve accusé, poursuivi, puis noyé par des inconnus.

Le détail intéressant est que Mick revient à la vie quelques secondes avant sa mort, avec juste assez de souvenirs pour éviter que l’expérience ne se reproduise exactement de la même façon. Cette mécanique de mort et de retour en arrière structure le jeu, alimente les énigmes et installe une tension constante. Chaque décès devient une information, parfois une leçon. 


L’intérêt principal de The Drifter tient dans sa capacité à ne jamais se laisser enfermer dans une seule case. Cela commence comme un polar urbain poisseux, dérive vers le thriller conspirationniste, flirte avec l’horreur, puis ajoute une couche de science-fiction. Sur le papier c’est risqué, en pratique le jeu avance à un rythme très solide et sait créer cette envie assez rare de continuer juste pour savoir quelle nouvelle catastrophe attend Mick au prochain chapitre. Le scénario évite aussi de transformer son héros en enquêteur génial ou en ancien militaire avec un passé mystérieux. Mick est surtout un homme fatigué, abrasif, pas toujours très agréable, qui a passé des années à fuir ses responsabilités et les gens qu’il aimait. Ses problèmes personnels ne disparaissent pas parce qu’une société secrète s’amuse avec des expériences douteuses. Au contraire, le jeu fait continuellement se cogner le drame intime et le grand n’importe quoi de la conspiration.

Cette friction donne à l’aventure une vraie personnalité, surtout quand Mick se retrouve obligé de revenir vers les personnes qu’il avait soigneusement laissées derrière lui. L’écriture est souvent très réussie parce qu’elle ne cherche pas à faire de Mick un personnage immédiatement sympathique. Les personnages secondaires profitent eux aussi d’un bon traitement, avec une journaliste trop curieuse, une enquêtrice plus coriace qu’elle n’en a l’air et une galerie de silhouettes inquiétantes qui semblent toutes avoir un mauvais souvenir dans leur poche. 

The Drifter

Cerveau quantique

Le jeu ne confond pas pour autant noirceur et immobilité. The Drifter va vite, parfois presque trop vite, enchaînant les révélations et les situations dangereuses. Les chapitres se terminent volontiers sur une information qui pousse à lancer le suivant, puis encore un autre. La durée globale tourne autour de huit à dix heures, un format pertinent sans user l’intrigue jusqu’à la corde. Il faut toutefois accepter que le récit fasse parfois passer sa grande machinerie avant l’émotion plus simple de ses débuts. Lorsqu’il empile les notions de science-fiction et les ramifications de son complot, The Drifter perd par instants la proximité qu’il avait construite autour de Mick. Le jeu reste prenant, mais certaines tensions familiales ou certains personnages auraient mérité un peu plus d’espace pour respirer.

Le doublage compense largement ces petites turbulences. Adrian Vaughan prête à Mick une voix grave, fatiguée et ironique, qui porte aussi bien les pensées du personnage que ses échanges avec les autres. L’aventure est très bavarde, mais rarement bavarde pour rien. Les descriptions, les commentaires sur les objets et la narration interne donnent du relief à chaque scène. Les voix secondaires sont au même niveau et vendent très bien les moments les plus absurdes, les plus inquiétants ou les plus douloureux. 

The Drifter

La direction artistique fait elle aussi une grosse partie du travail. The Drifter adopte un pixel art détaillé, très animé et plein de subtilités. Les décors urbains, les quais, les bureaux glauques, les ruelles et les lieux plus étranges profitent d’une lumière marquée, de silhouettes expressives et de petits mouvements qui racontent beaucoup. Mick se tasse, grimace, hésite, se déplace avec la souplesse d’un homme qui dort mal depuis vingt ans. La bande-son synthétique complète parfaitement ce tableau. Sans tomber dans la compilation de sons rétro, elle accompagne la montée de pression, les poursuites, les scènes de doute et les révélations plus sales. Il y a une couleur très années 1980 dans le résultat, avec des échos de film de genre et de polar nocturne qui feront plaisir aux plus nostalgiques.

The Drifter

Coach Carter

Dans la version Switch 2, avec les sticks, Mick se déplace directement dans les décors tandis qu’une roue d’interaction permet de repérer et sélectionner les éléments proches. Les points d’intérêt apparaissent de manière lisible, ce qui évite de balayer l’écran pendant six minutes en espérant qu’un curseur change de forme. Le système est plus naturel qu’il n’en a l’air, surtout en portable, et il maintient la fluidité nécessaire à l’aventure. Mais ce portage n’est pas parfait. Dans les zones où plusieurs éléments se chevauchent, la roue de sélection peut manquer de précision. Elle oblige alors à insister avec le stick, à changer légèrement de position ou à recommencer l’opération pour viser le bon objet.

Les éléments de l’inventaire, assez ternes et peu différenciés visuellement, n’aident pas toujours lorsqu’il faut combiner rapidement plusieurs accessoires. Ce n’est jamais dramatique, mais il y a clairement des moments où la souris classique garde un petit avantage de confort. C’est là que les Joy-Con 2 viennent sauver une partie de la mise. Le mode souris fonctionne comme attendu et permet de retrouver l’esprit point and click traditionnel sans devoir jouer à la roulette avec le stick droit. Basculer d’un mode de contrôle à l’autre se fait sans difficulté, ce qui autorise un usage assez naturel. En portable, les sticks restent pratiques. Sur table ou devant un écran, la souris apporte un supplément de précision qui rend les manipulations plus immédiates. 

The Drifter

La réalisation technique est propre. L’expérience reste fluide, avec une image nette et des animations qui profitent bien de la machine. Le pixel art a besoin de peu de puissance brute, évidemment, mais il a besoin de stabilité, de lisibilité et de bons contrastes pour que ses détails ne se transforment pas en soupe de carrés. The Drifter passe ce test sans difficulté, que ce soit en portable ou sur un téléviseur. Les énigmes donnent rarement l’impression de bloquer artificiellement la progression. Elles demandent surtout de faire attention aux dialogues, aux éléments visibles dans les décors et à ce que Mick vient de découvrir. Quelques passages plus tendus, fondés sur la mort puis le retour à la vie, reposent davantage sur des essais répétés. Le concept est cohérent avec le scénario, mais ces séquences peuvent casser légèrement l’élan. Sans système d’indices intégré, il arrive aussi qu’un joueur tourne en rond plus longtemps que prévu avant de voir le détail évident qu’il avait réussi à ignorer. 

The Drifter

Il faut néanmoins reconnaître que Powerhoof maîtrise très bien l’équilibre général. The Drifter ne cherche pas à moderniser le point and click en effaçant complètement ses traditions. Il garde l’inventaire, les associations d’objets, les discussions et la progression par observation. Mais il supprime une bonne part des vieux défauts du genre, notamment les écrans remplis de détails inutiles et les combinaisons totalement absurdes. Le résultat ressemble à une aventure classique qui aurait enfin compris qu’un joueur n’a pas forcément envie de passer sa soirée à proposer une clé rouillée à tous les habitants d’une ville. 

The Drifter

The Drifter est surtout une belle démonstration de ce que peut encore faire une aventure narrative lorsqu’elle sait où elle va. Son récit sait intriguer, son héros sait exaspérer juste ce qu’il faut et son univers a suffisamment de caractère pour rester en tête après le générique. La Switch 2 lui offre un très bon écrin, malgré une roue d’interaction moins souple que l’utilisation d’une souris. Le jeu n’est pas totalement immunisé contre quelques énigmes plus rugueuses et une dernière ligne droite parfois trop gourmande en science-fiction, mais il reste un thriller remarquablement accrocheur, solide et franchement difficile à lâcher.
26 juin 2026 à 15h19

Par

Points positifs

  • Une intrigue dense et très bien rythmée
  • Un héros imparfait mais mémorable
  • Un pixel art superbe et expressif
  • Des voix anglaises excellentes
  • Les contrôles souris des Joy-Con 2

Points négatifs

  • Une roue d’interaction parfois imprécise
  • Quelques séquences fondées sur l’essai-erreur
  • Pas de vrai système d’indices
  • Une dernière partie un peu trop chargée
  • Un inventaire parfois peu lisible

Gribouillé par...

Lorris

Lorris

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Jean-Claude Van Damme au corps, Jean-Claude Dusse dans la tête. C'est parfois l'inverse.

Twitter : @Yolorris

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