Le jeu débute alors que votre avatar se réveille à bord du Senara, un navire parti en expédition religieuse. Très vite, aux commandes de la coquille vide qui fait office de protagoniste ici, vous comprenez que quelque chose a mal tourné. Les différentes zones du bateau sont désertes et, plus inquiétant, il y a du sang un peu partout. À partir de là, votre objectif sera de quitter le navire avant que ce qui a fait disparaître vos compagnons de voyage ne vous trouve.
Senara est avant tout un jeu d’exploration à ambiance. Vous passerez le plus clair de votre temps à vous balader dans les coursives à la recherche d’éléments vous permettant de progresser, en vous demandant ce qui peut bien se cacher derrière chaque porte. Et à cette crainte légitime vient s’ajouter la claustrophobie inhérente à l’architecture d’un navire. L’ambiance est donc réussie.
Pour l’histoire elle-même, le titre repose surtout sur des notes disséminées ça et là pour nous faire comprendre les tenants et aboutissants de ce qui se passe. Vous rencontrerez occasionnellement un survivant qui, dans des cinématiques insipides et non-doublées, vous donneront des objectifs plus ou moins crédibles. Pour être honnête, l’histoire ne nous a pas passionnés. Car au-delà de l’objectif de base, tous les éléments de scénario ne sont que des prétextes pour nous faire prendre des détours, peinant à créer de réels enjeux. D’un autre côté, les notes sont beaucoup plus intéressantes, les petites bribes d’informations qu’elles contiennent nous laissant comprendre par nous-même ce qu’il s’est passé.
La croisière s’amuse (ou pas)
Vous passerez donc ici le plus clair de votre temps à vous balader dans le navire à la recherche de clés et autres passes de sécurité pour accéder à de nouvelles zones et obtenir des objets nécessaires à votre progression, le tout étant agrémenté de petites énigmes. En somme, Senara est très classique dans sa progression. Ce qui n’est pas forcément un mal en soi, le titre appliquant la formule efficacement. Et c’est bien l’une des rares choses qu’il fait bien.
Le protagoniste de l’aventure n’est pas un soldat ni un super-héros. Ses déplacements sont lents et il ne peut sprinter sur de longues distances. Cela marche bien avec le genre du survival horror et, qui plus est, avec l’environnement restreint dans lequel se déroule le jeu. Notez aussi que la gestion de l’endurance revêt ici une importance particulière, car si vous prenez un coup lorsque celle-ci est à zéro, c’est la mort instantanée. Une bonne idée sur le papier, qui n’est malheureusement pas du tout exploitée ici. Car, pour des raisons que nous évoquerons plus tard, le danger est absent du Senara. Et une fois que vous avez compris cela, le sentiment de peur s’évapore. Et c’est une grande partie de l’intérêt du jeu qui s’effondre.
Le calvaire de l’inventaire
Notre héros étant un simple humain, il est limité aussi dans sa capacité de transport, ce qui nous amène à une gestion d’inventaire basique, vous amenant à faire des choix sur ce que vous transportez. Il n’est pas question de poids ici, mais d’emplacements disponibles, sachant que chaque objet occupe un slot d’inventaire, indépendamment de son encombrement “réel”. Quand on vous dit que c’est basique, ce n’est pas pour rien.
Le problème, c’est que même en faisant preuve de simplicité, Influsion, le studio derrière le jeu, n’a pas été capable de proposer des menus qui fonctionnent correctement. On ne parle pas d’un manque d’ergonomie ici, mais bel et bien de dysfonctionnements. Les différents menus in-game ont une tendance à “devenir fous”. Nous parlons ici de curseur de sélection se déplaçant tout seul, ou encore de retours en jeu intempestifs. Et dans un jeu où les allers-retours entre les menus et le gameplay sont nombreux, c’est insupportable. L’utilisation du moindre objet devient un calvaire.
Alors imaginez lorsqu’il faut combiner des objets, ce qui vous sera demandé pour la résolution d’énigmes et l’amélioration des armes. Au cours de l’aventure, vous en aurez trois : un couteau, un pistolet et un fusil à pompe. Vous pourrez améliorer les deux dernières via l’ajout de modules, certains étant inutiles. Et si les sensations de tir ne sont pas transcendantes, ce n’est pas bien grave tant on les utilisera peu.
La menace fantôme
Ce qui nous amène aux ennemis. Tout d’abord, il y a les “boules spectrales” que vous trouverez un peu partout. Ces dernières attaquent votre santé mentale, mais ne sont pas mortelles. Au pire, votre vision sera fortement altérée et votre endurance réduite à zéro. Ils ne représentent donc pas une réelle menace.
Les autres ennemis, humains et démoniaques confondus, sont au nombre de sept ou huit. Vous ne serez donc pas submergés par leurs attaques, d’autant plus que l’écrasante majorité d’entre eux reste immobile. Vous pouvez rester immobile juste devant eux, et si vous êtes à plus d’un mètre cinquante, vous ne risquez rien. Ce qui est, vous en conviendrez, totalement ubuesque. Et celui qui prend la peine de vous attaquer vous foncera bêtement dessus. Cela étant dit, la nature des lieux ne lui laisse pas vraiment d’autres choix.
Tout cela pour vous dire qu’il n’y a pas de réelle menace dans le jeu. Si bien que, comme dit plus haut, la peur s’évapore très vite. Pourtant, on sent bien que les développeurs avaient des ambitions, comme en témoignent certaines mécaniques de gameplay. En effet, il est possible d’ajouter un silencieux au pistolet et de se cacher dans des casiers. Deux mécaniques totalement inutiles, les ennemis ne se déplaçant pas.
Deep Rising
Mais comme dit plus haut, la grande réussite de Senara : The Sacrament est le Senara lui-même. Tant qu’on n’a pas besoin d’accéder au menu, l’exploration du navire est un régal. La conception du navire est classique en soi, et il n’est pas spécialement grand non plus. Mais les différents accès bloqués vous obligent à prendre des chemins tortueux et à, malheureusement, consulter régulièrement la carte. C’est une réussite, tant sur l’aspect visuel que du game design. Le Senara propose différentes ambiances : des cabines ravagées couvertes de sang aux quartiers VIP épargnés par les violences, en passant par les cuisines ou la salle des machines, le titre parvient à varier ses environnements malgré la nature exiguë des lieux. Et s’il reste vrai que les tirelires et autres jarres jaune fluo dénotent un peu, sonnant comme un appel au loot, elles ne gâchent pas l’exploration pour autant.