Cette première moitié 2026 aura eu son lot de jeux cosy, notamment avec le récent
Coffee Talk Tokyo qui nous propose d’incarner une ou un barista dans un Tokyo contemporain fantastique où il nous faudra servir au mieux des Yokai et autres créatures légendaires.
Tavern Talk repose sur un principe assez similaire. Les développeurs
Gentle Troll Entertainment ne s'en cachent pas et mentionnent
Coffee Talk, mais aussi
VA-11Hall-A qui est un peu le patient zéro du genre, et le JDR papier en général pour ses inspirations. Cette fois, ce ne sont pas des salaryman kappa qu’il faudra satisfaire, mais des archétypes tout droit sortis de
Donjons & Dragons tels que des fées, des paladins et autres monstres “classiques” que l’on peut trouver dans n’importe quelle campagne de jeu de rôle sur table.
Critical Hits
C’est sûrement cette inspiration “rôliste” qui permet au jeu de se différencier de la concurrence. L’histoire qui nous est contée est bien moins linéaire et nettement plus ramifiée que les autres productions. Tavern Talk Stories : Dreamwalker est une préquelle qui se passe 36 ans avant le premier opus et propose trois dénouements différents. Il nous sera régulièrement demandé de choisir entre plusieurs boissons qui auront des impacts bien précis et modifieront le déroulement de l’histoire.
Par exemple, lors d’une mission pour retrouver un artefact, une boisson fera en sorte que l’approche de notre cliente sera discrète, alors que lui servir un autre cocktail la poussera à privilégier le charisme et le contact social, débouchant sur des situations inédites. L’histoire ne se contente pas de proposer une issue plus ou moins favorable (pas de mauvaise fin, jeu cosy oblige !) selon la pertinence des boissons servies : nos choix peuvent au contraire transformer radicalement le déroulement et la conclusion des quêtes.
What … is your quest ?
Nous touchons ici l'un des points fondamentaux qui permet à Tavern Talk de se démarquer : en discutant avec nos clients, il sera possible de retenir des bribes d’informations sous forme de post-its qu’il faudra combiner entre elles afin de créer des quêtes. Combinez un post-it évoquant un volcan sur le point d’entrer en éruption avec une rumeur au sujet d’un mystérieux manoir de vampire situé dans la région et vous obtiendrez une mission d’enquête toute trouvée.
Ce sont ensuite les héros qui pourront la choisir et vous demanderont pour l’occasion de créer différents cocktails en fonction des effets escomptés. Les post-its non utilisés seront gardés pour les nuits suivantes, aucune information n’est gâchée. Lorsque les quêtes sont réussies, les héros du jour reviendront dans votre auberge pour vous narrer leurs péripéties et parfois vous donneront même des ingrédients afin de débloquer de nouvelles boissons.
Des cocktails et des chiffres
Il est grand temps de parler du cœur du gameplay: la création des boissons. Là où Coffee Talk se contente d’un système très simple basé sur trois ingrédients à mélanger, Tavern Talk transforme la préparation des cocktails en véritable puzzle game. Donjons & Dragons oblige, il faut prendre en considération cinq caractéristiques qui seront influencées par les boissons. Il est question de la Force, de la Dextérité, du Charisme, de l’Intelligence et de la Défense. Le joueur doit alors mélanger jusqu’à cinq ingrédients capables d’augmenter ou de diminuer différentes statistiques afin de créer la boisson demandée.
Les cocktails et leurs statistiques sont connus. Par exemple, la boisson Voyage Onirique demande 1 en force, en défense et en charisme, 2 en dextérité et 0 en intelligence. Il faudra combiner les ingrédients de façon à atteindre ces chiffres, parfois avec des contraintes. Certaines recettes pourraient être réalisées en quelques ingrédients seulement, mais les clients aiment compliquer les choses en imposant des contraintes supplémentaires, comme l’utilisation obligatoire de cinq composants. De quoi transformer chaque commande en casse-tête façon "Des chiffres et des lettres". Ce système engage le joueur et est plus amusant que celui de ses inspirations. Il faut ajouter à cela le caractère parfois cryptique des commandes, certains clients décrivant leurs attentes de manière volontairement floue.
Une taverne pleine de cœur
Les six heures nécessaires pour venir à bout d’un premier run passent à une vitesse folle, et l’envie de relancer immédiatement une partie pour découvrir les fins alternatives et les autres combinaisons possibles se fait rapidement sentir. Surtout que le sujet traite de thématiques fortes, comme le faisait Coffee Talk. Cosy ne veut pas dire insipide et c’est justement parce que l’univers se montre profondément bienveillant qu’il peut aborder des thèmes lourds, comme la mort ou le deuil, sans jamais devenir écrasant. L'écriture est fluide et les huit protagonistes rencontrés sont suffisamment nuancés pour qu’on s’attache réellement à eux. Le tout avec une musique agréable qui sait accompagner sans jamais devenir envahissante. Mention spéciale pour les joueur·euse·s qui veulent faire de la déco d'intérieur : il est également possible de refaire la décoration de notre taverne. Je n’ai pas l’impression que cela influence l’histoire, mais il est toujours satisfaisant d’apporter sa petite touche personnelle.