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Test :
Castlevania : Belmont's Curse - Nintendo Switch
Il aura fallu patienter de longues années pour retrouver Castlevania dans une véritable aventure inédite en deux dimensions. Si la célèbre licence de Konami n'a jamais totalement disparu des radars, notamment grâce aux différentes compilations, à quelques collaborations et à son adaptation animée, les amateurs de Metroidvania attendaient de pied ferme un nouvel épisode capable de renouer avec l'héritage de Symphony of the Night. Pour relever ce défi, Konami a confié les clés du château à Evil Empire, le studio français derrière The Rogue Prince of Persia et plusieurs contenus additionnels de Dead Cells, accompagné de Motion Twin dans un rôle de conseil. Un choix particulièrement intéressant lorsque l'on connaît le savoir-faire de ces équipes en matière de jeux d'action en deux dimensions.
Test effectué à partir d'une version PC
Avec Castlevania : Belmont's Curse, la célèbre famille de chasseurs de vampires revient donc sur le devant de la scène. Direction Paris, en 1499, soit vingt-trois ans après les événements de Castlevania III : Dracula's Curse. Nous y retrouvons Rose Belmont, fille du légendaire Trevor Belmont, chargée de combattre les créatures qui envahissent la capitale française sur fond de menace draculéenne. Un point de départ relativement classique pour la série, qui n'a jamais véritablement eu besoin d'un scénario particulièrement complexe pour nous donner envie de parcourir ses châteaux infestés de monstres.
Mais derrière cette formule bien connue se cache une proposition qui assume clairement sa modernité. Plus coloré, plus pop et parfois même étonnamment léger dans son atmosphère, Belmont's Curse ne cherche pas à reproduire religieusement les épisodes historiques. Il préfère en conserver les fondations pour construire une aventure qui porte indéniablement la signature de ses développeurs. Le résultat est un Metroidvania généreux, agréable à parcourir, qui ne révolutionne pas le genre mais qui possède suffisamment de qualités pour nous tenir durablement en haleine. Reste à savoir si cette relecture parvient réellement à se distinguer dans un genre particulièrement concurrentiel.
Un Castlevania qui ose la couleur et modernise son héritage
La première chose qui frappe en découvrant Castlevania : Belmont's Curse, c'est évidemment sa direction artistique. Là où les anciens épisodes cultivaient généralement une esthétique gothique particulièrement sombre, parfois même austère, Evil Empire fait le choix d'un univers beaucoup plus coloré. Les environnements débordent de nuances, les effets visuels accompagnent généreusement les affrontements et les personnages bénéficient d'un traitement presque cartoonesque qui donne au titre une identité immédiatement reconnaissable. Il ne s'agit pas de renier les origines de Castlevania, mais plutôt de les observer à travers un regard nouveau.
Et force est de constater que le résultat fonctionne. Les décors possèdent une véritable personnalité, avec une richesse visuelle qui rend l'exploration particulièrement plaisante. Qu'il s'agisse des environnements urbains, des passages souterrains ou des architectures plus traditionnelles de la série, le jeu multiplie les compositions séduisantes. On sent surtout que les développeurs connaissent intimement l'univers dont ils ont hérité. Ce n'est pas simplement un studio compétent auquel on aurait confié une licence prestigieuse : c'est une équipe de passionnés qui a manifestement eu l'occasion de réaliser son propre Castlevania, avec tout ce que cela implique de respect pour le matériau d'origine, mais aussi d'envie d'y imprimer sa patte.
Cette approche risque néanmoins de diviser les fans les plus conservateurs. Belmont's Curse conserve évidemment les monstres, les références et certains éléments architecturaux qui font immédiatement penser à la franchise, mais son atmosphère générale se révèle sensiblement plus légère. L'horreur gothique laisse régulièrement la place à une aventure fantastique plus dynamique, presque pop dans sa présentation. Certains regretteront sans doute la mélancolie et la noirceur caractéristiques des épisodes historiques. De notre côté, nous avons plutôt apprécié cette volonté d'inscrire Castlevania dans son époque, même si cette nouvelle identité visuelle ne procure pas toujours les mêmes sensations que ses illustres prédécesseurs.
Ce parti pris artistique se retrouve jusque dans les menus, particulièrement soignés. L'interface bénéficie d'une présentation élégante, avec des animations et des transitions qui renforcent l'impression d'un produit travaillé jusque dans ses détails. Naviguer entre les différentes catégories d'équipement, consulter les améliorations disponibles ou simplement observer la présentation des cartes devient presque un plaisir en soi. Ce sont des éléments secondaires en apparence, mais qui contribuent à donner à l'ensemble une cohérence visuelle appréciable.
Cependant, cette profusion de couleurs et d'effets entraîne parfois quelques problèmes de lisibilité, notamment lorsque plusieurs ennemis occupent simultanément l'écran. Les contrastes ne sont pas toujours suffisamment marqués pour distinguer immédiatement tous les éléments importants, et certains affrontements peuvent devenir un peu confus. Rien de véritablement rédhibitoire, mais une limite qui rappelle qu'une direction artistique séduisante ne sert pas nécessairement toutes les exigences du gameplay. Le jeu est régulièrement magnifique à regarder, sans être constamment irréprochable à jouer.
La bande-son participe elle aussi à cette relecture moderne. Confiée à ASADI, alias Danny Asadi, déjà responsable des musiques de The Rogue Prince of Persia, elle s'éloigne des arrangements auxquels Castlevania nous avait habitués. Plusieurs thèmes emblématiques sont revisités à travers des compositions aux accents électroniques, parfois étonnamment posées, qui rappellent immédiatement le travail du compositeur sur les aventures du Prince de Perse. Le contraste entre les mélodies historiques de la licence et cette approche contemporaine est particulièrement intéressant.
Il faut néanmoins reconnaître que ces choix ne feront probablement pas l'unanimité. Les amateurs des compositions plus orchestrales, baroques ou résolument gothiques pourraient avoir du mal à retrouver l'identité musicale qu'ils associent traditionnellement à Castlevania. Pour autant, il serait dommage de reprocher systématiquement aux développeurs de ne pas reproduire à l'identique les recettes du passé. Cette nouvelle bande-son accompagne plutôt bien la personnalité visuelle du titre et participe à son caractère singulier. On aurait simplement apprécié, par moments, une atmosphère un peu plus pesante pour rappeler que nous évoluons malgré tout dans un univers dominé par Dracula et ses créatures.
Du côté de la narration, en revanche, les ambitions apparaissent nettement plus mesurées. Rose Belmont poursuit une mission dont les enjeux se comprennent rapidement, et les rencontres qui ponctuent son périple servent essentiellement à faire progresser l'aventure. Les personnages possèdent certes leur charme, mais les dialogues et les différentes situations ne parviennent pas vraiment à installer une intrigue particulièrement prenante. L'histoire fait le travail, sans jamais devenir l'une des principales motivations du joueur.
L'idée la plus sympathique concerne finalement les adversaires majeurs rencontrés au fil de l'aventure. Une fois vaincus, ces derniers sont enfermés dans des cartes de tarot qui accompagnent Rose. Ils deviennent ainsi des présences récurrentes, capables d'intervenir dans certains échanges, mais aussi de lui transmettre des capacités. Une manière assez originale de prolonger leur existence au-delà du traditionnel affrontement de boss et de créer une continuité entre les différentes étapes de l'aventure. Le procédé ne transforme pas radicalement la narration, mais apporte un supplément de personnalité bienvenu à un récit autrement très conventionnel.
Rose grince des dents
Manette en main, Castlevania : Belmont's Curse ne tarde pas à retrouver ses marques. Rose répond correctement aux commandes, les déplacements sont agréables et les combats bénéficient d'une nervosité appréciable. Le célèbre fouet des Belmont occupe naturellement une place importante, puisqu'il permet aussi bien d'attaquer les adversaires que de s'accrocher à certains éléments du décor. Il devient ainsi possible de rejoindre des plateformes éloignées, de franchir des obstacles ou même de prendre appui sur certains ennemis pour poursuivre sa progression. Le système fonctionne bien et contribue à rendre les déplacements plus dynamiques que dans les épisodes historiques.
Pour autant, il ne faut pas s'attendre à retrouver la liberté presque chorégraphique d'un Hollow Knight : Silksong. Là où ce dernier parvient à transformer certaines séquences de plateformes en véritables ballets acrobatiques, Belmont's Curse conserve une approche plus traditionnelle. Les mouvements sont plaisants, suffisamment précis et adaptés aux situations proposées, mais ils ne procurent pas cette sensation de légèreté absolue que l'on peut attendre des meilleures productions du genre. Rose se manipule très correctement, sans jamais donner l'impression de repousser les limites du Metroidvania moderne. Cette comparaison avec Silksong mérite toutefois d'être nuancée. Difficile, après avoir parcouru l'une des aventures les plus exigeantes et les plus abouties du genre, de ne pas regarder les productions suivantes avec un œil légèrement plus critique. Cela ne signifie pas que Belmont's Curse soit décevant, loin de là. Simplement, le jeu d'Evil Empire évolue sur un terrain beaucoup plus balisé, où l'efficacité de l'exécution prime sur la recherche permanente de nouvelles sensations.
Cette philosophie se retrouve dans le level design. Nous sommes ici face à un Metroidvania dans sa forme la plus classique, avec des environnements interconnectés, des chemins temporairement inaccessibles, des secrets à découvrir et des capacités permettant progressivement de franchir de nouveaux obstacles. Les habitués du genre retrouveront immédiatement leurs réflexes, observant avec attention les éléments suspects du décor ou mémorisant les passages qu'il faudra revisiter plus tard. La construction des niveaux est globalement réussie. Les embranchements sont suffisamment nombreux pour donner envie d'explorer, les obstacles environnementaux offrent parfois quelques idées astucieuses et le sentiment de progression demeure satisfaisant. On apprécie cette manière de découvrir progressivement de nouvelles possibilités, même si le jeu ne prend finalement que très peu de risques. Les situations proposées respectent consciencieusement les conventions du genre, sans chercher à les bouleverser. C'est du Metroidvania classique, mais du bon Metroidvania classique.
Les capacités récupérées après certains affrontements majeurs participent directement à cette progression. Un dash permet par exemple d'atteindre de nouveaux passages, tandis qu'un autre pouvoir sert à briser des dalles spécifiques dans le sol. Un halo de lumière ouvre quant à lui l'accès à certaines parois auparavant infranchissables. Chaque nouvelle compétence vient enrichir les possibilités de Rose et invite à reconsidérer les environnements déjà traversés. Le système est familier, mais son intégration aux fameuses cartes représentant les boss apporte une cohérence appréciable entre la narration et les mécaniques d'exploration.
Le jeu propose également des points de déplacement rapide permettant de retourner dans les anciennes zones. Impossible toutefois de se téléporter librement depuis n'importe quel endroit : il faut rejoindre l'un de ces points pour voyager. Dans l'ensemble, leur répartition permet de limiter les déplacements inutiles, même si certains retours en arrière se révèlent parfois légèrement contraignants. Il arrive aussi de ne plus savoir exactement dans quelle direction poursuivre l'aventure, mais cette petite désorientation fait finalement partie intégrante de l'expérience Metroidvania. Et puisque le rythme général reste bon, ces moments de flottement ne deviennent jamais réellement agaçants.
C'est cependant dans son système de combat que Belmont's Curse dévoile ses arguments les plus intéressants. Le fouet emblématique n'est pas la seule arme disponible, loin de là. Rose peut utiliser différents équipements, répartis en plusieurs catégories, avec notamment des épées, des configurations associant épée et bouclier ou encore des lances. Les différentes armes disposent de plusieurs déclinaisons, permettant d'adapter davantage son style aux adversaires rencontrés. Les sensations sont globalement convaincantes. Les coups s'enchaînent avec une bonne réactivité, les affrontements sont suffisamment rapides pour rester stimulants et les ennemis réagissent correctement aux attaques. On regrette simplement un léger manque d'impact dans certaines animations. Les frappes auraient parfois mérité un peu plus de puissance visuelle et sonore pour renforcer la satisfaction immédiate des combats. Ce défaut reste relativement mineur, mais il empêche le système d'atteindre le niveau d'excellence de certaines références du genre.
En revanche, la véritable force du gameplay réside dans la possibilité d'adapter très librement son équipement. Changer d'arme à la volée devient rapidement une habitude, particulièrement face aux boss ou dans les salles présentant des compositions d'ennemis spécifiques. Une configuration efficace dans une situation ne sera pas nécessairement la plus pertinente dans une autre, et le jeu encourage intelligemment à expérimenter plutôt qu'à conserver éternellement la même combinaison. À ces armes s'ajoutent les pouvoirs que Rose obtient progressivement au cours de son aventure. Ils sont nombreux, proposent des effets variés et bénéficient d'un système d'amélioration particulièrement intéressant. Pour les faire évoluer, il ne suffit pas de dépenser quelques ressources accumulées au hasard : il faut accomplir des objectifs propres à chacun. Une manière assez habile d'inciter le joueur à utiliser des capacités qu'il aurait autrement tendance à négliger.
Le nombre de possibilités est conséquent, même s'il faut composer avec une limitation importante : un seul pouvoir de combat peut être équipé à la fois. Enfin, les reliques viennent compléter cette personnalisation. Trois emplacements permettent d'activer simultanément des améliorations passives, dont les effets peuvent influencer sensiblement la manière d'aborder certaines situations. Là encore, ces éléments peuvent être changés à la volée, ce qui encourage à modifier sa configuration en fonction des besoins. Face à un adversaire particulièrement résistant, adapter ses reliques et son arme peut ainsi s'avérer plus pertinent que de persister avec un équipement inadapté.
Cette souplesse constitue indéniablement l'une des plus grandes réussites de Belmont's Curse. Sans rendre les affrontements inutilement complexes, elle introduit une dimension tactique agréable et donne régulièrement envie d'essayer de nouvelles associations. Le système possède suffisamment de profondeur pour intéresser les joueurs expérimentés tout en restant parfaitement abordable pour les nouveaux venus. C'est un équilibre plutôt bien trouvé. Dommage, en revanche, que la difficulté ne pousse pas toujours à exploiter toutes ces possibilités. Les boss disposent d'attaques variées et certains affrontements offrent des séquences visuellement réussies, mais leur résistance demeure relativement limitée. Habitués aux exigences de Silksong (encore lui, désolé !), nous avons rarement eu besoin de plus de cinq tentatives pour venir à bout d'un adversaire majeur. Les schémas d'attaque se comprennent assez rapidement et les outils mis à disposition du joueur permettent généralement de s'en sortir sans rencontrer d'obstacle particulièrement intimidant.
Cette accessibilité se retrouve dans les phases d'exploration. Les pièges sont parfois astucieux, certains passages demandent un minimum d'attention, mais l'ensemble demeure assez gentil. Il ne s'agit pas nécessairement d'un défaut : tout le monde ne recherche pas une expérience punitive exigeant des dizaines d'essais pour franchir le moindre obstacle. En revanche, les amateurs de défis particulièrement relevés pourraient regretter l'absence de véritables pics de difficulté. Le jeu privilégie clairement la fluidité de progression plutôt que la confrontation permanente avec l'échec. Cette orientation présente au moins un avantage : Belmont's Curse conserve un rythme particulièrement agréable. Les séquences s'enchaînent naturellement, les nouvelles capacités arrivent régulièrement et l'envie de découvrir ce qui se cache derrière la prochaine porte ne disparaît jamais vraiment. Malgré son manque relatif d'audace, l'aventure ne donne pas l'impression de tourner en rond. Les différentes mécaniques fonctionnent suffisamment bien ensemble pour entretenir l'intérêt et éviter que la répétitivité ne s'installe.
Terminons avec quelques mots concernant la version PC. Sur le plan technique, l'expérience s'est montrée globalement satisfaisante, sans problème notable de fluidité ou de stabilité durant les phases de jeu. Nous avons néanmoins rencontré un souci intermittent au lancement de cette version de test, avec un écran noir empêchant parfois d'atteindre le menu principal. Plusieurs ajustements effectués dans les paramètres du pilote AMD ont permis de retrouver un fonctionnement normal. Le FSR pourrait avoir joué un rôle dans ce comportement, sans que son implication ait pu être formellement confirmée. Un incident isolé qu'il convient de relativiser puisqu'il concerne une version de prépublication.
Au bout du compte, Castlevania : Belmont's Curse constitue un retour particulièrement sympathique pour une licence qui méritait largement de retrouver le devant de la scène. Evil Empire et Motion Twin ont manifestement compris les qualités qui ont fait la réputation de la série, tout en cherchant à lui donner une personnalité plus contemporaine. La direction artistique colorée, l'identité musicale affirmée et surtout la richesse du système d'équipement contribuent à rendre cette nouvelle aventure plaisante et suffisamment généreuse pour satisfaire les amateurs de Metroidvania.
Tout n'est pas irréprochable, évidemment. La construction des niveaux manque d'audace, les boss auraient mérité davantage de résistance et la maniabilité, bien que convaincante, n'atteint jamais l'excellence des références les plus récentes. Quant à son histoire, elle reste largement anecdotique. Pourtant, aucun de ces défauts ne vient véritablement gâcher l'expérience. Le plaisir de jeu est constant, les affrontements fonctionnent, la progression est gratifiante et l'ensemble bénéficie d'un véritable soin artistique.
Belmont's Curse n'est donc pas le Metroidvania qui redéfinira les standards du genre, et ce n'était peut-être pas son ambition. C'est avant tout un bon Castlevania, généreux, attachant et suffisamment moderne pour trouver sa place dans le paysage actuel. Une proposition qui ne fera probablement pas oublier Silksong, Nine Sols ou encore Blasphemous aux amateurs les plus exigeants, mais qui prouve que la famille Belmont possède encore de très beaux jours devant elle. Et après une si longue absence, c'est déjà une excellente nouvelle.