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Après avoir longtemps servi de point de repère à chaque retour de la licence, Star Fox 64 reprend une fois encore du service. Cette version Switch 2 met tout le système Lylat sous stéroïdes visuels, sans jamais trop modifier son plan de vol. La bonne nouvelle est évidente. L’autre aussi.
Test effectué à partir d'une version Nintendo Switch 2
Fox McCloud est de retour au manche d’un Arwing et, quoi qu’on en pense, ça fait drôlement plaisir à l’ancien joueur de N64 que je suis. Non pas parce que l’on manquait cruellement d’animaux anthropomorphes dans l’espace, ni parce qu’Andross avait encore besoin d’être renvoyé dans sa boîte, mais parce que Star Fox conserve cette efficacité sèche que beaucoup de jeux modernes pourraient avoir oubliée. Une mission, des ennemis, des tirs, une trajectoire à optimiser, un boss à faire exploser et des PNJ qui te parlent trop dans les oreilles, c’est un peu cette saveur qu’on aime retrouver de temps en temps.
Nintendo présente cette nouvelle mouture comme une relecture cinématographique de Star Fox 64. Dans les faits, il faut plutôt parler d’un remaster très ambitieux visuellement, enrichi de quelques ajouts pertinents mais toujours attaché à l’ossature du jeu de 1997. Les niveaux, les embranchements, les véhicules et les grands moments sont là, presque religieusement préservés. L’expérience n’essaie pas de réinventer Lylat et c’est finalement ce qui fait le charme de cette version 2026.
Un renard dans le rail
Le cœur du jeu reste ce rail shooter dont Nintendo avait parfaitement compris la mécanique il y a près de trente ans. L’Arwing file à toute allure, l’écran se remplit de chasseurs ennemis, les lasers claquent avec une satisfaction immédiate et les secondes se transforment rapidement en une course contre le score. Star Fox ne demande jamais de passer dix minutes à préparer une mission avec de l’équipement, des compétences spécifiques ou que sais-je : il réclame une bonne lecture de l’écran, des réflexes propres et cette petite obsession du tir chargé envoyé au bon moment.
La maniabilité profite pleinement du confort de la Switch 2. Les commandes sont fluides, les virages répondent au doigt et à l’œil, et les manœuvres les plus connues de la série retrouvent tout leur mordant. Freiner pour laisser passer un poursuivant, accélérer pour traverser un passage étroit, faire un demi-tour en plein chaos ou déclencher une vrille défensive restent aussi naturels qu’agréables. Les anciens contrôles sont toujours proposés, mais la simplification de certaines combinaisons rend l’ensemble plus accueillant sans retirer sa précision. Même le mode souris, avec visée séparée, se révèle étonnamment viable, quoique moins confortable sur la durée.
Cette immédiateté reste la principale force de Star Fox. La campagne est courte, très courte même, mais elle évite soigneusement les temps morts. Corneria, Meteo, Fichina, Zoness ou Solar s’enchaînent comme des morceaux choisis d’une vieille compilation arcade. Chaque environnement conserve sa petite idée, son rythme, son ambiance. Les passages plus libres, où l’Arwing évolue dans une arène plutôt que sur un rail, divisent toujours autant, mais ils ont au moins le mérite de casser la routine. Les routes multiples restent également au centre de la formule. Réussir un objectif caché, éliminer un ennemi précis ou boucler une séquence suffisamment vite permet de basculer vers une autre planète.
Ce système garde une vraie saveur, car il encourage naturellement la rejouabilité sans recourir à une liste de quêtes artificielle. Le problème est que les habitués connaissent déjà les astuces, les bifurcations et les pièges. Le plaisir de découvrir le chemin rouge ou de décrocher l’accès à une mission plus difficile se transforme alors en simple réflexe de mémoire musculaire. Très agréable, certes, mais moins grisant que la première fois. On aurait d’ailleurs bien pris quelques planètes supplémentaires en accompagnement de ce remaster.
Malgré ce manque, les nouveaux objectifs de défi viennent donner un peu de chair à cette structure connue. Rejouer une mission avec une contrainte de temps, un quota d’ennemis ou une demande spécifique apporte une raison concrète de retourner sur le terrain. Ce n’est pas une révolution, mais c’est une manière intelligente de rappeler que Star Fox a toujours été plus intéressant quand on le traite comme un jeu d’arcade que comme une aventure à terminer une fois avant de passer à autre chose. Les amateurs de médailles, de records et de perfection y trouveront largement leur compte. Les autres pourront probablement passer leur chemin.
Le poinçonneur de Lylat
Là où cette version Switch 2 prend une vraie avance sur toutes les précédentes, c’est dans sa réalisation. Star Fox est magnifique. Pas seulement pour un jeu qui ressasse une structure de la Nintendo 64, mais tout simplement pour un titre Switch 2. Les décors gagnent une densité et une profondeur qui changent réellement la perception de certaines missions. Corneria ressemble enfin à une ville prise dans une invasion, avec ses structures qui s’effondrent, sa fumée, ses lumières et ses débris. Les mondes aquatiques, volcaniques ou industriels profitent eux aussi d’une identité beaucoup plus forte, au point de faire oublier, par instants, que les niveaux suivent exactement la même chorégraphie qu’autrefois.
La fluidité renforce encore ce sentiment. L’action ne semble jamais trébucher, même lorsque l’écran se couvre d’explosions, de chasseurs et de tirs croisés. Le 60 images par seconde apporte à Star Fox ce qu’il lui fallait pour paraître moderne sans renier son ADN, à savoir une nervosité constante et une lisibilité immédiate. Les effets de lumière sur les lasers, les reflets dans certaines zones sombres et le travail réalisé sur les arrière-plans donnent à l’ensemble une ampleur presque excessive pour un jeu aussi compact. La Switch 2 trouve ici une vitrine technique très convaincante, probablement plus parlante qu’un monde ouvert rempli de cailloux décoratifs.
Les personnages ont eux aussi bénéficié d’un traitement beaucoup plus ambitieux. Certains personnages ayant été aperçus dans le film Super Mario Galaxy, il fallait du répondant maintenant. Fox, Falco, Peppy et Slippy disposent désormais de modèles détaillés, d’animations faciales et de véritables scènes intermédiaires. Le résultat est parfois étrange, notamment lorsque le réalisme appliqué aux pelages et aux plumes pousse un peu trop loin le concept de pilote animalier, mais l’ensemble finit par fonctionner. Ces séquences ajoutées constituent probablement l’amélioration la plus significative du jeu en dehors de la technique. Elles donnent du contexte aux missions, relient mieux les embranchements de la carte et installent une dynamique plus claire entre l’équipe Star Fox, le général Pepper et Andross.
Ainsi, l’histoire profite d’une mise en scène plus solide, de dialogues entièrement doublés et d’un rythme qui laisse respirer entre deux batailles. L’univers paraît un peu moins léger, sans pour autant perdre son côté série B assumée. La bande-son suit la même logique. Les thèmes connus reviennent dans des arrangements plus amples, plus orchestraux, sans perdre leur efficacité. Certains morceaux prennent même une dimension franchement spectaculaire lorsqu’ils accompagnent une attaque à grande vitesse ou l’apparition d’un boss. C’est le genre de travail sonore qui ne cherche pas à se faire remarquer à chaque seconde, mais qui finit par rester en tête une fois la console rangée. Les bruitages participent aussi beaucoup au plaisir, entre les tirs, les alarmes et les explosions qui donnent aux affrontements une vraie sensation de puissance.
Le multijoueur essaie de prolonger la durée de vie avec des affrontements en ligne entre Star Fox et Star Wolf. L’idée est bonne, les parties peuvent être très amusantes et les modes reprennent des principes connus, comme le contrôle de zone ou la récupération d’objets. Malheureusement, l’offre manque encore de variété. Trois cartes seulement, c’est peu, surtout pour un jeu qui cherche à installer une routine après une campagne aussi courte. Il y a de quoi s’amuser quelques soirées, mais difficile d’imaginer une communauté rester mobilisée très longtemps sans contenu supplémentaire. La coopération locale est plus sympathique, même si elle tient davantage du bonus que de la nouvelle façon idéale de jouer. Un joueur pilote, l’autre gère les tirs, ce qui transforme parfois la mission en exercice de communication sous pression. Quand tout s’aligne, le résultat est assez grisant. Quand l’un veut faire demi-tour tandis que l’autre vise à l’opposé, la caméra peut rappeler que l’espace n’a jamais été pensé pour accueillir les compromis.
C’est finalement là que Star Fox laisse une impression un peu contradictoire. La réalisation est impressionnante, les commandes sont exemplaires, l’univers gagne en présence et le jeu reste furieusement divertissant. Pourtant, l’ensemble ne prend jamais le moindre risque important. Nintendo possède une base formidable, mais préfère l’embellir plutôt que l’étendre. Pas de vraie nouvelle campagne, pas de niveau inédit qui bouleverse les habitudes, pas de mécanique qui changerait durablement la manière de traverser Lylat. Ce remake aurait pu servir de nouveau départ, mais il agit davantage comme une démonstration de savoir-faire très propre, très efficace et très prudente.
Cela ne retire rien au plaisir immédiat de l’expérience. Pour quelqu’un qui découvre Star Fox, cette version est sans doute la meilleure porte d’entrée possible. Elle rassemble tout ce qui rendait Star Fox 64 si particulier, avec une présentation qui lui donne enfin l’allure d’un jeu moderne. Pour les vétérans, la question est plus compliquée. Le voyage reste excellent, mais la destination est connue par cœur. Une partie de la frustration vient justement de là, car le jeu prouve que la série mérite mieux qu’un nouveau passage par la même case départ.
Star Fox sur Switch 2 est donc un très beau rappel de ce que Nintendo savait faire de mieux quand il décidait de condenser une idée jusqu’à la rendre parfaite. Le remaster est brillant, vif et généreux dans sa mise en scène. Il manque simplement cette folie qui aurait permis à Fox de sortir enfin de son couloir. En attendant une vraie suite, le vol reste très recommandable, même s’il suit un itinéraire déjà connu.