Tomoya Asano et son équipe ont manifestement envie de se renouveler. Après avoir remis au goût du jour le JRPG au tour par tour avec
Octopath Traveler puis exploré le Tactical RPG avec
Triangle Strategy, deux titres largement salués par la critique, ils choisissent cette fois de s'aventurer sur le terrain de l'Action-RPG. Un choix qui n'a rien d'anodin pour
Square Enix qui possède une longue histoire avec le genre avec sa licence
Secret of Mana,
Seiken Densetsu, qui a longtemps compté parmi ses titres phares. La
Team Asano ne s'en cache pas et revendique ouvertement cette influence dans les différentes interviews accordées.
Zelda n’est pas mentionné par les développeurs et on peut comprendre pourquoi une fois le jeu en main.
Entre action et RPG
La différence fondamentale entre un Zelda et un Secret of Mana réside dans leur approche du RPG. Link ne gagne jamais de niveaux et ne voit progresser que sa santé et sa magie. Ainsi, à la fin de l'aventure, deux joueurs disposent généralement d'un personnage très similaire. Secret of Mana, au contraire, adopte une structure beaucoup plus proche du JRPG classique, avec des points d'expérience, des montées de niveau et une progression chiffrée du personnage. The Adventure of Elliot: The Millennium Tales, que l'on nommera désormais Elliot, se situe quelque part entre ces deux philosophies. Le jeu emprunte bien certains éléments à Zelda, comme les fragments de cristal à réunir pour augmenter sa barre de vie. On peut également récupérer jusqu'à sept armes différentes, dont deux peuvent être équipées simultanément afin de s'adapter aux ennemis rencontrés.
Mais les ressemblances s'arrêtent là. Chaque arme peut être personnalisée à l'aide de pierres Magilithe qui modifient leurs propriétés : augmentation de l'attaque, amélioration du taux de critique, effets d'étourdissement ou encore transformation complète de l'attaque chargée. Avec une vingtaine de pierres disponibles par arme, les possibilités de personnalisation sont nombreuses. Chaque pierre possède des niveaux de qualité que l’on pourra obtenir à travers une mécanique de gacha. Il faut donner des pierres vierges, que l’on peut trouver en explorant, à un marchand. Plus on utilisera ses services, plus on aura de chances d’obtenir des pierres de qualité supérieure. C'est là que le jeu affirme véritablement son identité. Derrière son habillage d'Action-RPG se cache une dimension de construction de personnage étonnamment poussée, le rapprochant davantage d’un Secret of Mana.
Nom de zeus, Marty !
Qui dit RPG dit également scénario et narration. Sur ce point, The Adventure of Elliot : The Millennium Tales voit grand. Les développeurs estiment qu'il faudra entre 30 et 50 heures pour en venir à bout, avec plusieurs fins disponibles. Ce qui est énorme pour le genre. L'aventure débute dans le royaume d'Huther où Elliot est chargé par le roi de découvrir la source d'une ancienne magie capable de protéger l'humanité des hommes-bêtes qui la menacent depuis des générations. Sa quête le conduit finalement à découvrir un portail permettant de voyager dans le temps. Cette mécanique constitue l'un des piliers du jeu, Elliot étant amené à explorer quatre époques distinctes de Philabieldia, le monde dans lequel se déroule l'aventure. Ce choix n'est pas anodin : la carte du jeu demeure relativement compacte.
Si on avait la possibilité de le parcourir sans restriction, on en ferait vite le tour, mais la progression emprunte une structure à la Metroidvania, nous empêchant d'accéder à certaines zones tant que l’on a pas le bon objet que l’on pourra obtenir dans certains cas seulement en avançant dans l’histoire. Le voyage temporel permet ainsi de renouveler l'exploration en transformant les lieux au fil des époques. Une même région peut révéler de nouveaux passages, secrets ou obstacles selon la période visitée. Il est fascinant de découvrir l'évolution d'une zone à travers les siècles, mais on finit aussi par connaître la disposition générale des grottes, cavernes et autres lieux déjà parcourus avec le risque de redondance que cela implique.
L'art de butiner
Des grottes, donjons et autres recoins cachés à explorer, il y en a à revendre ! Tout au long de ma partie, j’ai facilement dévié de la quête principale pour partir explorer. Ce mélange de graphismes HD-2D, de couleurs chatoyantes, et le maniement d’Elliot qui est super fluide nous poussent à partir explorer. Surtout que cette curiosité est toujours récompensée. Cela peut être un fragment de pierre de vie, une version plus puissante de nos armes, des Magilithes, mais aussi de l'équipement, comme des accessoires, que l’on peut équiper pour obtenir des bonus tels que flotter un moment dans les airs ou empêcher le compteur de combo de tomber à zéro au moins une fois après avoir été touché par des ennemis.
Explorer rime avec prise de puissance : on retrouve là le côté “grinding” des JRPG pour ensuite rouler sur la trame principale. Le jeu est truffé de quêtes secondaires qui permettent d’approfondir un peu le lore des différentes époques, et aussi de se renforcer avec des récompenses uniques. Une pensée spéciale à la meilleure des quêtes qui consiste à trouver tous les chats disséminés un peu partout dans les quatre époques.
Sword & Sorcery
Je l’ai mentionné un peu plus haut mais le maniement de notre héros est vraiment agréable. J'ai toujours trouvé les déplacements de Link légèrement plus lourds et méthodiques, là où Elliot répond avec davantage de vivacité. Il est possible de sauter, permettant au jeu quelques instants de plates-formes, de se protéger avec un bouclier doté d'une jauge d'endurance, et bien sûr d'attaquer avec l'une des sept armes disponibles que sont l'épée, la lance, l’arc, la bombe, le boomerang, le marteau et le kusarigama. Enchaîner les ennemis sans encaisser de dégâts fait grimper un compteur de combo qui améliore progressivement les récompenses obtenues : une incitation efficace à jouer de manière agressive tout en évitant les erreurs. Le changement instantané entre les armes et la mobilité d'Elliot donnent aux affrontements un rythme particulièrement nerveux.
Il y a également un système de magie qui se manifeste à travers la fée qui nous accompagne. Il est possible d’utiliser ses pouvoirs avec le bouton L mais aussi de la diriger avec le stick droit du pad. Cela demande un peu de gymnastique intellectuelle de bouger Elliot et la fée en même temps mais on s’y habitue rapidement. Faie peut entre autres enflammer des objets ou ennemis, téléporter Elliot, créer des tourbillons et j’en passe. Si on peut utiliser ces habiletés pour le combat, elles seront surtout utilisées pour résoudre des puzzles rencontrés dans les donjons, l’occasion de se remuer les méninges. Dans l'ensemble, les combats d'Elliot restent relativement accessibles en difficulté normale. Rares sont les boss qui m'ont véritablement donné du fil à retordre.