Sur le papier, ce set 77093 part avec un avantage assez évident mais qui reste une tâche particulièrement complexe : celle de résumer ce bijou qu’est
avec une scène parmi des centaines. Effectivement, le combat final contre Ganon est une bonne manière d’isoler un moment précis, identifiable au premier coup d’œil par n’importe qui ayant connu la Nintendo 64 de près ou de loin. Ainsi, la scène représente l’affrontement final entre
dans les ruines du château, avec 1003 pièces, trois minifigurines et une grande créature montée en briques.
Le choix est malin, presque confortable. Après le Grand Arbre Mojo 2 en 1, plus massif, plus cher, plus démonstratif, LEGO propose ici une boîte moins intimidante, pensée comme un diorama d’exposition plutôt que comme un gros morceau de forêt à poser sur une étagère entière. Le prix reste évidemment celui d’un produit sous licence Nintendo, donc pas vraiment le genre de boîte que l’on glisse dans le panier entre deux baguettes, mais l’ensemble a le mérite d’être plus accessible que le précédent monument Zelda.
Briques de Triforce
La construction joue d’abord la carte du décor. Le socle reprend l’idée d’une arène brisée, avec des morceaux de pierre, des pans de mur et cette ambiance de fin du monde gentiment stylisée qui convient bien à LEGO. Ce n’est pas immense, ni particulièrement profond, mais la composition encadre correctement l’action. Le set sait qu’il doit avant tout mettre en scène ses personnages, pas recréer tout le château de Ganon. Cela pourra frustrer celles et ceux qui espéraient une architecture plus généreuse, mais le format ramassé évite aussi l’effet maquette vide, si courant dans les dioramas qui veulent en faire trop. Le vrai patron, évidemment, c’est Ganon. Pas Ganondorf, déjà très réussi en minifigurine, mais la bête elle-même, montée en briques avec ses défenses, ses épaules massives et son profil immédiatement reconnaissable.
Le modèle trouve un bon équilibre entre fidélité, lisibilité et robustesse visuelle, avec suffisamment de volume pour dominer la scène sans devenir un build indépendant qui écrase tout le reste. La silhouette fonctionne surtout parce qu’elle accepte la stylisation LEGO. Ocarina of Time reste un jeu de 1998, avec des formes qui vivaient autant dans l’imagination du joueur que dans les polygones de la console. Reproduire la scène de manière trop littérale aurait probablement donné quelque chose de raide ou de bizarrement daté. Ici, Ganon garde son côté monstre de cauchemar pour enfants sages, tout en devenant un objet presque jouet, presque statue. Sachez que la manipulation excessive des différents membres amène certaines pièces à tomber assez souvent, en cascade parfois. On peut donc le manipuler, mais il a clairement été conçu pour finir au centre d’un meuble.
Les minifigurines font le reste du travail. Link, Zelda et Ganondorf couvrent la trinité attendue, avec une qualité d’impression et d’accessoires qui confirme que LEGO sait très bien quand il faut sortir les beaux moules. L’Épée de Légende et le bouclier hylien apportent le petit frisson obligatoire, tandis que Ganondorf semble déjà taillé pour devenir l’une de ces figurines que les collectionneurs surveillent avec un mélange d’envie et d’agacement. Le travail graphique est net, les détails tombent juste, et l’ensemble donne ce sentiment assez rare d’un produit dérivé qui ne se contente pas d’apposer un logo sur des briques.
Hyrule et périls
La construction, elle, ne semble pas chercher la prouesse technique permanente. Les huit sachets numérotés et l’absence d’autocollants donnent un rythme propre, sans mauvaise surprise, avec des décorations imprimées qui font toujours plaisir sur un produit de cette gamme. Ce point n’a l’air de rien, mais il compte. Un set pensé pour l’exposition perd vite de son charme quand il demande de coller des micro-détails de travers sur une pièce sombre. Ici, le montage reste plus agréable, plus propre, plus premium dans son ressenti.
Le livret ajoute aussi sa petite couche de fan service, avec de l’iconographie et des rappels liés au combat, aux personnages et à la Triforce. Ce n’est pas indispensable pour comprendre ce que l’on construit, mais cela participe au plaisir général. LEGO a bien compris que les acheteurs visés ne cherchent pas seulement une construction. Ils veulent retrouver un moment, une musique dans la tête, une porte qui s’ouvre, une barre de vie qui descend, une grande vilaine bestiole que l’on contourne en espérant ne pas finir aplati.
La scénographie comporte quelques idées appréciables, notamment des éléments cachés qui rappellent la logique du jeu vidéo. Le compartiment dissimulé sous une section du mur et les cœurs de récupération ajoutent un petit sourire au montage, sans transformer l’ensemble en boîte à gadgets. C’est exactement le bon dosage. Trop de mécanismes auraient rendu la scène brouillonne, pas assez l’auraient changée en simple présentoir. Là, le set garde un lien avec le matériau d’origine, même lorsque l’on ne touche plus à rien une fois la construction terminée.
Reste que tout n’est pas aussi héroïque que la musique le voudrait. Le décor est efficace, mais il demeure assez simple. Les ruines du château plantent l’ambiance, sans offrir une architecture mémorable ni un montage particulièrement surprenant. On sent que le budget pièces a été réservé aux personnages et surtout à Ganon. C’est cohérent, mais cela donne parfois l’impression que la base sert surtout de cadre fonctionnel. Pour une scène aussi mythique, certains auraient sans doute aimé un peu plus de verticalité, de chaos, voire une présence plus marquée du château effondré. Le prix constitue l’autre sujet qui fâche doucement (119,99€). À 1003 pièces, avec une grosse licence, trois minifigurines exclusives et une créature bien construite, le set a des arguments. Mais il reste positionné dans une zone où l’on regarde forcément le contenu avec un œil un peu plus sévère.
La comparaison avec le Grand Arbre Mojo est inévitable. Le précédent set misait sur une générosité plus visible, avec deux versions possibles, Ocarina of Time et Breath of the Wild, même si l’on ne pouvait pas tout construire en même temps. Le combat final prend le chemin inverse. Moins large, moins encyclopédique, plus frontal. Il ne propose pas un panorama de Zelda, il pose une scène culte et s’y tient. C’est peut-être ce qui le rend finalement plus facile à aimer. Le Grand Arbre Mojo pouvait donner l’impression d’un hommage de musée, très beau mais un peu solennel. Le combat final, lui, va droit au nerf nostalgique. Link face à Ganon, Zelda en soutien, la pierre brisée sous les pieds, le monstre qui remplit l’espace. Tout est immédiatement lisible, même pour quelqu’un qui n’a pas touché au jeu depuis vingt ans. LEGO évite aussi l’écueil du décor trop adulte, trop propre, en gardant une part de jouet dans la posture et la mise en place.
On apprécie également le fait que le set ne se disperse pas dans les références gratuites. Les meilleurs produits LEGO issus du jeu vidéo sont souvent ceux qui comprennent la différence entre reconnaître et ressentir. Ici, l’objet reconnaît évidemment Ocarina of Time, mais il fait surtout remonter la tension de son dernier combat. Pas de révolution, pas de coup de génie absolu, mais une adaptation appliquée, élégante et suffisamment généreuse là où il faut. Pour les collectionneurs LEGO purs, le set sera peut-être un peu moins incontournable. La construction du socle ne semble pas assez inventive pour convaincre quelqu’un totalement extérieur à Zelda, et l’intérêt repose largement sur l’attachement aux personnages. Pour les fans, en revanche, le calcul change vite. Les minifigurines sont excellentes, Ganon a une présence folle, les pièces imprimées évitent la frustration, et le format d’exposition ne réclame pas de réorganiser tout le salon.
La seule vraie réserve concerne donc cette impression de produit verrouillé par son cahier des charges. On sent le set calibré, contrôlé, pensé pour satisfaire sans prendre trop de risques. Une scène finale de Zelda aurait pu autoriser une folie un peu plus grande, un effet de lumière, un mécanisme de duel plus marqué, une arène plus agressive. LEGO a choisi la propreté et la lisibilité. Ce n’est pas un mauvais choix, loin de là, mais cela empêche l’ensemble de devenir cette pièce totalement renversante que son sujet pouvait laisser espérer.